À 35 km en aval de la source du Nil, les eaux détournées laissent les chutes à nu

MAUVAIS SANG POUR LE NIL BLEU

La mort par arme à feu à Addis Abeba de Semegnew Bekele, l’ingénieur-chef directeur du projet du barrage Renaissance, a exacerbé les tensions entre l’Éthiopie, l’Egypte et le Soudan. Aussitôt, une vague de rumeurs locales a voulu expliquer sa disparition en spéculant sur l’imminence de révélations auxquelles il s’apprêtait pour dénoncer la corruption inhérente à ce chantier, d’un coût global de 4 milliards de dollars. Les mêmes pointant du doigt le rôle de l’Egypte dans cette mort rapidement classée en suicide, selon l’enquête de la police éthiopienne.
Les négociations depuis longtemps engagées entre les trois pays ont été suspendues une semaine après. Le comité tripartite (Egypte, Soudan, Ethiopie) s’est déclaré prêt à poursuivre les échanges pour trouver LA solution pour remplir le barrage sans affecter les indispensables accès à l’eau des pays de l’aval. Ceux de l’Egypte en particulier, pays qui ne voulait pas du barrage, construit en territoire éthiopien.

Parmi les pays traversés par le Nil, l’Égypte et l’Éthiopie connaissent une croissance démographique exceptionnelle : de 20 millions d’habitants dans les années 50, leurs populations respectives sont passées à 80 millions aujourd’hui. Dans un futur proche, ce seront 300 millions d’habitants qui devront s’entendre sur l’usage des eaux du fleuve dont dépend leur survie. Le précédent ministre égyptien de l’eau a déjà menacé l’Éthiopie d’une guerre si celle-ci poursuivait son projet de barrage sur le Nil.
En Éthiopie, les investisseurs étrangers découpent le pays par spécialités. Le montage financier du barrage est complexe recourant à une forme de souscription publique, les turbines réputées être garanties par des banques chinoises. Partout ailleurs, les Chinois construisent des routes, les Hollandais cultivent des roses, les Indiens et les Saoudiens investissent des milliards de dollars dans des plantations de sucre, de maïs, de riz et de palme.
L’irrigation, et donc la valorisation de ces millions d’hectares de terre fertile, principalement dans le bassin du Nil dans la partie occidentale du pays, devrait améliorer la production alimentaire, créer des emplois et développer des régions isolées. C’est ce qu’espère le gouvernement éthiopien.

Sur le
Lac Tana
les pêcheurs naviguent sur d’ancestrales pirogues en papyrus

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L'inégalité de l'accès à l'eau

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© Celia Pernot 2019
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